L’infertilité et ses répercussions sur la santé mentale des femmes
L’infertilité a une signification totalement différente pour chacune, il n’existe donc pas de définition unique.

Écrit par Elise Kayfetz

Publié le avril 22, 2022

L’infertilité est une expérience personnelle. Bien que nous ayons toutes une histoire différente, nous avons un point en commun : l’idée que nous sommes seules à composer avec l’infertilité et ses répercussions sur notre santé mentale. En réalité, vous ou l’une de vos connaissances n’êtes pas seules puisque 16 % des femmes canadiennes sont touchées par ce problème et, comme vous, peuvent ressentir de la honte, un sentiment de culpabilité et une faible estime de soi. Vous vous demandez peut-être si c’est votre faute si l’infertilité empoisonne votre vie et votre corps. Le fait de ne pas parvenir à concevoir un enfant après avoir essayé pendant si longtemps peut susciter en vous une profonde tristesse, de l’anxiété et des symptômes de dépression. 

Nous avons discuté avec Heather Deighan, thérapeute pour Mended Pathways Wellness et membre du réseau de praticiens de Thérapie Inkblot, qui peut affirmer que les personnes touchées par l’infertilité n’ont pas à se sentir seules. Mme Deighan a tissé des liens avec de nombreuses femmes en leur permettant de « réécrire leur histoire d’infertilité ». 

Gardez à l’esprit la phrase suivante pendant votre lecture : Bien que l’histoire de chacune d’entre nous puisse être différente, nous vivons toutes la même épreuve. Dans cet article, nous explorons la signification de l’infertilité, ses répercussions sur la santé mentale des femmes et la manière de soutenir les femmes dans leur parcours, en particulier ce qu’il faut dire et ne pas dire. 

Qu’est-ce que l’infertilité? 

L’infertilité a une signification totalement différente pour chacune, il n’existe donc pas de définition unique. C’est l’expérience d’une personne qui définit son parcours en matière d’infertilité, et il n’y a donc pas deux histoires identiques. « On ne considère pas qu’une personne a des problèmes d’infertilité avant une période d’un an », nous fait savoir Mme Deighan pendant notre conversation. C’est particulièrement vrai pour les femmes canadiennes de moins de 35 ans qui essaient de concevoir un enfant depuis un an. Toutefois, si vous ou l’une de vos connaissances avez plus de 35 ans, six mois sont généralement suffisants pour que des signes d’infertilité apparaissent (2019). Malheureusement, peu d’articles canadiens abordent ce sujet. Heureusement, des groupes de défense se forment, et des femmes comme Emily Getz, fondatrice de Day 1, s’expriment pour créer un espace permettant d’avoir ces conversations difficiles. Elle et son mari ont eu une discussion franche à ce propos, « plus on y pense, plus on souffre ». 

Répercussions de l’infertilité sur la santé mentale et déclencheurs

L’infertilité peut entraîner les femmes (et leur partenaire) dans une spirale psychologique et émotionnelle qui semble sans fin. Mme Deighan affirme qu’il s’agit d’une expérience « épuisante et dévastatrice… et que lorsque notre rêve d’être une mère nous est enlevé – cela rend les choses encore plus difficiles. » Nous pouvons être submergés par des sentiments d’inutilité et de désespoir, ou commencer à penser que notre corps est inadéquat ou déficient. Cela peut nous amener à avoir honte de notre corps, et à ressentir du stress et de la tristesse. Selon Mme Deighan, « nous traversons un processus de deuil pendant notre parcours dans le monde de l’infertilité », car nous avons peut-être déjà établi un lien avec le bébé éventuel. Ces sentiments sont semblables à ceux de la perte et du deuil et peuvent entraîner des symptômes de dépression. Mme Deighan conseille vivement aux femmes de remarquer ce qu’elles ressentent lorsque ces émotions difficiles surgissent afin de comprendre ce qui les déclenche. 

Vous trouverez ci-dessous quelques émotions courantes et des déclencheurs émotionnels possibles pour les femmes qui souffrent d’infertilité. 

Le fait que les personnes de votre entourage aient des enfants peut provoquer en vous de la tristesse. Même si vous voulez être heureuse pour eux, vous suivez votre propre parcours, et il est normal que vous vous sentiez triste.

Un sentiment d’anxiété peut se manifester lorsque vous discutez de fertilité et d’infertilité avec d’autres personnes, ce qui, selon Mme Deighan, peut mettre le corps à rude épreuve. Surtout lorsqu’un membre de la famille ou un ami qui n’est pas au courant de votre situation vous demande quand vous prévoyez d’avoir des enfants. Rappelez-vous que cela ne le regarde pas et qu’il n’est pas nécessaire de lui répondre.

La honte de notre corps est également un sentiment courant. De nombreuses femmes dans le cabinet de Mme Deighan lui ont fait part du fait que, selon elles, leur corps ne fonctionne pas comme il se devrait. Cela ajoute une pression supplémentaire, alimente l’anxiété et peut conduire à la tristesse et à la dépression.

La dépression est également une réaction connexe. Les femmes et leur partenaire qui souffrent d’infertilité peuvent se sentir très seuls, et ressentir un état d’engourdissement ou de vide. Les expériences et les émotions qui s’y rattachent sont difficiles, mais il est important de les accepter.

Acceptation des émotions difficiles

L’infertilité est difficile à vivre et entraîne des répercussions sur tout l’univers d’une personne. Les émotions sont accentuées; les relations sexuelles peuvent être moins excitantes et, comme le dit Mme Deighan, « lorsque nous essayons très fort d’avoir un bébé, l’exaltation peut faire place à la tristesse et à la fatigue, ce qui nous fait perdre notre élan. » Selon elle, l’infertilité est « une perte, et les gens l’oublient. Il faut donc accepter cette perte ainsi que les émotions difficiles qui s’y rattachent. » Elle recommande aux femmes d’accepter de vivre toutes leurs émotions, comme le chagrin, la colère et la tristesse, de faire preuve de compassion et de bienveillance envers leur corps, et de garder espoir. 

Comment garder espoir dans les moments de découragement

Mme Deighan note que « l’espoir, c’est croire que ceux qui souhaitent avoir un bébé finiront par en avoir un. » Elle nous a raconté quelques histoires qui font naître l’espoir. Elle nous a parlé d’une amie qui a malheureusement attendu dix ans avant d’avoir un beau bébé, ainsi que d’une femme qui a adopté un enfant et qui est tombée enceinte avant sa prochaine adoption. Selon elle, c’est « lorsque nous permettons à notre corps de se détendre » que nous pouvons être en mesure de concevoir. Ces histoires sont difficiles à entendre, mais Mme Deighan nous rappelle que malgré ce que vous ou l’une de vos connaissances avez prévu, il existe des moyens de garder espoir. 

Voici les conseils de Mme Deighan pour y parvenir : 

  • Restez patiente et rappelez-vous qu’il y a 20 % de chances de concevoir pendant l’ovulation.
  • Sachez qu’il existe des tests hormonaux et des solutions pour améliorer la fertilité. 
  • Renseignez-vous sur la fertilité, apprenez à connaître votre corps et prenez votre température corporelle pour déterminer le moment de votre ovulation.
  • Arrêtez d’utiliser votre moyen de contraception. 
  • Consultez un spécialiste de l’infertilité (FIV).
  • Croyez en une puissance supérieure et mettez en place des pratiques d’abandon, comme le yoga, la respiration profonde et la méditation. 

Comment soutenir les femmes aux prises avec l’infertilité 

En fin de compte, vous ou l’une de vos connaissances souhaitez simplement « que votre corps fonctionne », et vous ne voulez pas entendre les douces paroles de pitié ni les histoires d’infertilité des autres, bien souvent. « Si nous ne sommes pas certaines de ce qu’il faut dire à une personne dans cette situation, nous devons simplement nous assoir avec elle », nous dit Mme Deighan, et nous rappeler que nous avons toutes des besoins et des déclencheurs émotionnels différents. Vous trouverez ci-dessous une liste suggérée par Mme Deighan de ce qu’il faut dire et ne pas dire lorsqu’on soutient une femme touchée par l’infertilité. 

Ce qu’il faut dire ou faire :

  • Faites preuve de sensibilité et d’empathie. 
  • Écoutez-la et soyez là pour elle.
  • Demandez-lui : Comment vas-tu? Comment te sens-tu? Qu’est-ce qui t’aiderait à te sentir mieux? De quoi veux-tu parler?
  • Laissez-la aborder le sujet d’elle-même.

Ce qu’il ne faut pas dire : 

  • Évitez de parler de fêtes prénatales. 
  • Évitez de parler de cette amie qui a eu une grossesse inattendue. 
  • Ne lui dites pas : Je connais telle personne, qui est comme une « déesse de la fertilité » ou « Je n’ai eu aucun problème à tomber enceinte » ou « Ça va aller, tu vas tomber enceinte » ou « Ne t’en fais pas ».

Comment l’infertilité affecte nos relations

Mme Deighan explique que l’infertilité peut être très difficile à vivre « si nos amis et les membres de notre famille ne sont pas compréhensifs » et que nous devons donc « créer des limites pour nous protéger ». Elle encourage également les femmes à remarquer et à se demander si « leurs amis, leur famille et leur partenaire les soutiennent. » Comme nous pouvons le constater, l’infertilité peut transformer nos relations avec les membres de notre famille, notre partenaire et notre employeur, mais Mme Deighan affirme que c’est notre « relation avec nous-mêmes (et la façon dont nous nous percevons) qui peut changer le plus. » Elle vous conseille de ne pas vous enfermer dans une spirale de solitude et de vous rappeler que vous (ou l’une de vos connaissances) n’êtes pas seule. Il existe des groupes de soutien à l’infertilité auxquels vous pouvez vous joindre et des thérapeutes compétents qui peuvent vous écouter. Il y a de fortes chances qu’ils aient aussi leur propre histoire. 

Trouvez les soins qui vous conviennent avec le soutien d’Espacelle

Les gens ne connaissent pas toujours votre histoire, et il est possible que vous ou l’une de vos connaissances ne soyez pas prête à la raconter aux autres et que vous choisissiez finalement de ne pas le faire. Toutefois, Mme Deighan vous invite, vous et les autres femmes dans votre situation, à vous « lancer » et à chercher du soutien si vous vous sentez prêtes. Le programme Espacelle peut vous aider à trouver le bon soutien, car il vise à éliminer les obstacles que rencontrent les femmes pour accéder à une thérapie, notamment le fait de ne pas savoir comment trouver un thérapeute, les longs délais d’attente, ainsi que les coûts, les inconvénients et le temps passé à se déplacer pour suivre une thérapie traditionnelle en personne.

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Avis de non-responsabilité : Cet article contient des directives ou des conseils qui ne sont pas destinés à l’autodiagnostic ou au traitement. Aucun contenu ne peut se substituer aux conseils directs d’un professionnel qualifié, comme votre médecin ou un professionnel de la santé mentale. N’hésitez pas à demander l’aide d’un professionnel agréé pour les symptômes que vous ressentez.

Si vous êtes en situation de crise et avez besoin d’une aide immédiate, composez le « 911 » ou rendez-vous à la salle des urgences la plus près. Vous pouvez aussi appeler le Service canadien de prévention du suicide au 1 833 456-4566 (en tout temps). Si vous êtes résident du Québec, composez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553).

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