Jeunes transgenres et non binaires : Outils de soutien et conseils pour les parents
Apprenez davantage sur le soutien et l’orientation des jeunes transgenres et non binaires grâce aux outils et conseils d’une praticienne.

Écrit par Elise Kayfetz

Publié le mai 26, 2022
A child sways from a tree wearing a rainbow sweater

Les pronoms genrés tels que « elle/la », « il/le », « elles » et « ils/eux » deviennent la norme au quotidien à la maison et au bureau. Il s’agit d’un petit geste, mais qui signifie beaucoup pour les jeunes transgenres et non binaires et leurs proches. Nous pouvons commencer à constater l’évolution du genre dans un rapport sur le recensement de 2021 , qui montre qu’un Canadien sur 300 âgé de plus de 15 ans s’identifie comme étant transgenre ou non binaire. Une autre étude de 2021 réalisée par Pediatrics a révélé que 62 % des jeunes transgenres et non binaires se sentent soutenus par leurs parents. Les rapports sur le genre prouvent encore que nous nous dirigeons vers un avenir qui célèbre la diversité des genres et les communautés qui les soutiennent, dont les parents. 

Pour en savoir plus sur la façon dont les parents peuvent soutenir les jeunes transgenres et non binaires, nous nous sommes entretenus avec Kathleen Miller (elle/la), conseillère clinicienne agréée en Colombie-Britannique et membre du réseau de praticiens chez la thérapie Inkblot. Kathleen Miller cumule plus de dix ans d’expérience dans le domaine et a beaucoup travaillé avec des jeunes transgenres et non binaires ainsi qu’avec leur famille. 

Notre conversation avec Kathleen Miller fournira aux parents des outils et des conseils judicieux afin qu’ils puissent soutenir leurs jeunes de manière inconditionnelle. Nous l’avons interrogée sur ce que signifie être transgenre ou non binaire, nous avons discuté de la dysphorie de genre, nous nous sommes penchés sur les idées fausses qui pourraient être préjudiciables aux jeunes, et nous avons exploré les enjeux en matière de santé mentale auxquels les jeunes sont confrontés et les façons dont les parents peuvent les soutenir. 

Tout d’abord, nous examinerons les définitions et le langage associés à l’identité de genre. 

Que signifie être transgenre ou non binaire?

Le genre, c’est la façon dont une personne définit son identité personnelle, qu’elle soit masculine ou féminine, ou autre. Si votre enfant s’identifie à son sexe à la naissance, il est considéré comme étant cisgenre (ou cis). Si votre enfant a le sentiment que son genre est différent de celui qui lui a été attribué à sa naissance, il peut s’identifier comme transgenre ou non binaire.

Transgenre

La nouvelle loi du American Psychological Association définit le terme transgenre comme un terme général pour décrire les personnes « dont l’identité de genre, l’expression de genre ou le comportement ne sont pas conformes à ceux typiquement associés au sexe qui leur a été attribué à la naissance » [traduction]. Kathleen Miller explique par ailleurs « qu’une personne ressent une incongruité entre le genre qui lui a été attribué à la naissance et ce qu’elle sait de son identité personnelle ». Pour mieux comprendre, « si la personne est née homme, elle est en transition pour être une femme; elle est donc une femme transgenre ». Selon elle, les personnes transgenres « savent au fond d’elles-mêmes qu’elles sont des femmes, même si elles savent qu’elles avaient un genre différent [à la naissance] ». 

Non binaire

Comme l’a expliqué Kathleen Miller, le terme « non binaire » est utilisé pour décrire les personnes qui « ne se considèrent pas nécessairement à l’une ou l’autre des extrémités des genres [et qui] alternent entre les deux et peuvent être fluides ». Les personnes non binaires ne souscrivent pas nécessairement « aux normes de genre, mais [plutôt] à ce qu’elles ressentent à propos de leur identité et de la façon dont elles se présentent au monde ». 

La nouvelle loi du gouvernement du Canada garantit que les populations de genres divers peuvent exprimer librement leur genre tout en étant protégées contre « la discrimination, la propagande haineuse et les crimes haineux ».

Qu’est-ce que la dysphorie de genre?

La dysphorie de genre est un problème de santé mentale souvent rencontré chez les jeunes transgenres et non binaires. Kathleen Miller le décrit comme « un sentiment que les personnes transgenres ou non binaires peuvent ressentir lorsqu’il y a une incongruité entre ce qui leur a été attribué comme genre [à la naissance] et ce qu’elles savent être leur genre ». Toujours selon Mme Miller, la dysphorie de genre peut être déclenchée lorsque les personnes sont « mégenrées », ce qui se produit souvent lorsqu’on s’adresse à elles en utilisant le mauvais pronom. Cette interaction crée un « sentiment de malaise et beaucoup d’inconfort et de douleur [pour] les personnes transgenres ou non binaires ». Psychology Today note également que ces sentiments peuvent entraîner une détresse ou un dysfonctionnement important, ce qui peut amener les jeunes à s’isoler, par choix ou par ostracisme social, et les conduire à une faible estime d’eux-mêmes et à la possibilité de décrocher de l’école. 

Choix linguistiques en fonction du genre 

Lorsque vous interagissez avec des jeunes qui sont en processus pour établir leur identité de genre, Kathleen Miller conseille « [d’]écouter les jeunes et ce qu’ils vous disent et leur offrir un amour et un soutien inconditionnels ». Elle précise également de prendre conscience des choix linguistiques et « des pronoms avec lesquels [votre] enfant s’identifie ». Les pronoms courants sont elle/la, il/le, ils/eux, et d’autres combinaisons intentionnelles, comme « elle/elles » et « il/ils ». 

Elle explique également que le langage exerce « un important effet protecteur et permet aux jeunes de savoir qu’ils sont vus, entendus et acceptés ».

« En tant que parents, essayez d’être intentionnels quant aux pronoms à utiliser avec les jeunes. Si vous vous trompez et que vous utilisez le mauvais pronom, dites : “Désolé, laisse-moi me corriger”. Votre enfant verra que vous essayez de le protéger en agissant ainsi. » Kathleen Miller suggère également aux parents d’utiliser un langage non genré. Par exemple, au lieu de dire « les gars », dites plutôt « les amis ». Respecter le choix de pronoms de votre enfant peut faire toute la différence, même si vous êtes confus ou blessé; plutôt que de contester son identité, accompagnez-le dans son cheminement et cherchez à comprendre ce qui l’aidera à se sentir aimé. 

Comprendre les idées fausses : l’identité de genre n’est pas qu’une phase

Le fait de sortir du placard et d’utiliser de nouveaux pronoms peut être en soi un défi pour les jeunes, et suggérer qu’il s’agit d’une phase ou d’une mode peut être très néfaste et stigmatisant. Kathleen Miller invite les parents à reconnaître que ce n’est ni l’un ni l’autre; nous « devons faire attention ». Selon elle, le nombre croissant de personnes qui s’affichent et expriment leur identité de genre est dû au fait qu’elles « voient d’autres personnes le faire [et qui] se sentent en sécurité de s’afficher et de se montrer authentiquement, telles qu’elles sont. Les parents doivent savoir qu’il ne s’agit pas d’une phase, mais d’un cheminement, et donc que le soutien du parent est crucial. Si le jeune a le sentiment que ses parents pensent qu’il s’agit d’une phase, il ne se sentira pas accepté. Ses parents sont peut-être à la recherche d’un biais de confirmation ». Mme Miller donne l’exemple suivant : si « un homme transgenre veut un jour porter une jupe, cela ne doit pas changer son identité ». Le fait de le questionner invalide ses choix et lui donne le sentiment de ne pas être accepté. 

Comment soutenir votre enfant transgenre ou non binaire? 

Être un adolescent est un défi pour la plupart des gens, mais la pression supplémentaire et la stigmatisation auxquelles sont confrontés la plupart des adolescents transgenres et non binaires rendent ce défi encore plus exténuant. Les recherches de Kathleen Miller montrent que « les jeunes transgenres et non binaires présentent un risque beaucoup plus élevé d’avoir des pensées suicidaires, d’être aux prises avec l’anxiété et la dépression, et de développer des troubles alimentaires ». Par ailleurs, ils peuvent craindre les brimades ou se demander si leurs pairs les accepteront. Ils peuvent également rechercher un groupe 2SLGBTQ+ à l’école pour obtenir davantage de soutien. Mme Miller explique que ces « incertitudes et vulnérabilités apparaissent en même temps que leur identité authentique ». 

Il existe une curiosité et un désir particuliers de comprendre le genre de quelqu’un sans savoir comment cette personne définit le genre selon ses propres termes. 

Les conseils de Kathleen Miller pour soutenir les personnes de genres divers

  • Faites preuve d’un amour et d’un soutien inconditionnels. 
  • Utilisez les pronoms appropriés – « Si vous n’êtes pas certain, demandez! »
  • Portez-vous à leur défense. 
  • Vérifiez auprès d’eux comment ils se sentent. 
  • Offrez du soutien axé sur l’identité/la dysphorie de genre. 
  • Communiquez avec l’école pour vous assurer que les enseignants et ses camarades de classe comprennent les pronoms choisis et vous informer en ce qui concerne les toilettes non genrées. 
  • Donnez aux jeunes les moyens de s’exprimer sur l’identité de genre à l’école et dans la communauté. 

Autres moyens pour les parents de soutenir leurs jeunes transgenres 

  • Créez un espace sûr. Par exemple, parlez positivement du genre et de la sexualité. Ainsi, les jeunes sauront qu’ils peuvent discuter ouvertement de leurs pensées et de leurs expériences.
  • Demandez à votre enfant si vous pouvez faire quoi que ce soit pour qu’il soit plus à l’aise de parler de son expérience. Insistez sur le fait que vous voulez qu’il se sente en sécurité et soutenu.
  • Reconnaissez ce que vous ne savez pas et abordez votre jeune avec curiosité : « Je veux mieux comprendre ton expérience. Peux-tu m’en dire plus sur _____? »
  • Soyez présents et écoutez afin que votre jeune se sente entendu, vu et soutenu.

« Il n’est pas rare que les parents passent par un processus de deuil », explique Kathleen Miller, en évoquant les difficultés auxquelles ils peuvent être confrontés lorsqu’ils en apprennent davantage sur l’identité de leur enfant et sur la manière dont celle-ci peut entrer en conflit avec l’identité qu’ils ont l’habitude de lui donner. Lorsque les parents s’efforcent de soutenir leur jeune, il peut être important pour eux de rechercher du soutien de leur côté. « Ce peut être réconfortant et bénéfique pour les parents de se tourner vers des groupes de soutien, d’entrer en contact avec des cliniciens qui sont formés dans ces domaines, et de discuter avec d’autres parents qui en sont au même stade du parcours. »

Recommandations et ressources accessibles pour les jeunes transgenres ou non binaires

Nous avons demandé à Mme Miller quels types de thérapie pour les jeunes transgenres elle recommanderait, et elle a répondu que cela se fait souvent au cas par cas. Elle a également suggéré un plan de traitement axé sur la dysphorie de genre pour aider les gens à faire face à la situation, ainsi qu’une thérapie contre la dépression et l’anxiété, soulignant que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est une excellente option. Selon elle, certains jeunes veulent simplement « un espace où ils peuvent parler ouvertement de leur situation [et où les thérapeutes] peuvent les aider à valider ce qu’ils ressentent ». Dans certains cas, Mme Miller obtient l’autorisation de parler avec le parent d’un jeune pour l’aider à faire face à la situation à la maison. Cependant, ce ne sont pas tous les foyers qui sont sûrs pour les jeunes, et les parents ne sont pas toujours d’un grand soutien. Dans ce cas, « pour aider à réduire les effets néfastes sur la santé, si le jeune ne se sent pas à l’aise avec le fait que vous parliez à [ses] parents, le thérapeute [peut] parler au jeune pour voir sur qui d’autre il peut s’appuyer pour l’aider à mieux gérer ce qu’il ressent ».

Outre les options thérapeutiques, recherchez des groupes d’information et de soutien 2SLGBTQ+ dans votre communauté, par exemple The159, GLAADet Pflag Canada

Avis de non-responsabilité : Cet article contient des directives ou des conseils qui ne sont pas destinés à l’autodiagnostic ou au traitement. Aucun contenu ne peut se substituer aux conseils directs d’un professionnel qualifié, comme votre médecin ou un professionnel de la santé mentale. N’hésitez pas à demander l’aide d’un professionnel agréé pour les symptômes que vous ressentez.

Si vous êtes en situation de crise et avez besoin d’une aide immédiate, composez le « 911 » ou rendez-vous à la salle des urgences la plus près. Vous pouvez aussi appeler le Service canadien de prévention du suicide au 1 833 456-4566 (en tout temps). Si vous êtes résident du Québec, composez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553).

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